Certaines circonstances m’ont récemment amené à passer une semaine dans un centre hospitalier de Montréal. Pour accompagner ma fille de 16 ans, j’y ai séjourné 6 jours et 6 nuits. Fidèle à mes habitudes de développeur/gestionnaire, je n’ai pu m’empêcher d’observer le personnel, d’analyser leurs processus, de jeter un œil critique sur leurs tâches et surtout, de faire un lien avec le Dossier Santé Québec.
Ce qui m’a d’abord sauté aux yeux, c’est qu’après plus de 1,3 milliard dépensé dans le DSQ, rien ne semble encore disponible pour les intervenants du réseau! Après 14 années à travailler avec les ressources humaines de plus de 200 organisations, je connais très bien le volet administratif du réseau de la santé. Par contre, le volet service à la clientèle m’est peu familier. Mon séjour en tant que client m’a permis de relever quelques faits saillants:
- Du papier, encore du papier et beaucoup de papier! Et les intervenants qui doivent trimbaler avec eux les données de chaque patient…
- Recherche « à la mitaine » dans les dossiers pour retracer les commentaires de l’intervenant précédent…
- Pas perdus dans les allers retours au poste des infirmières pour avoir oublié un papier…
- Cueillette d’information doublée par différents intervenants posant les mêmes questions aux patients…
- TOUS des points que le DSQ devait régler pour augmenter la productivité et diminuer le risque d’erreur… Eh bien, il semble qu’on n’en soit pas encore là! Mais ce qui m’empêche vraiment de dormir, c’est de constater que l’on dépense les milliards de deniers publics dans un système dont on a rédigé les spécifications il y a déjà plusieurs années…
Comment ce système s’adaptera-t-il aux nouvelles technologies? Et les tablettes de toute sorte qui se multiplieront dans le réseau ces prochaines années… Le DSQ sera-t-il compatible? Cela engagera-t-il de nouvelles dépenses « imprévues »?
Je rêve peut-être, mais j’imagine très bien une infirmière allant d’un patient à l’autre avec une montre surdimensionnée à écran tactile. Un dispositif pratique (et pourquoi pas design!) qui fournirait l’information complète sur le patient et permettrait de saisir les données en quelques clics. La technologie existe, alors utilisons-la, non?!
Si tout avance vite autour de nous, pourquoi les projets d’envergure au Québec semblent-ils aller à contrecourant? Le DSQ, le Pont Champlain, l’échangeur Turcot… tout est long! Trop long! Certains affirment que le DSQ serait déployé dans toute la province en 2016. Dans 4 ans!! Et l’informatisation du réseau s’étirerait jusqu’en… 2021!!! Aujourd’hui, déployer un projet de développement logiciel sur plusieurs années constitue un risque énorme. Impossible de savoir à quoi ressemblera la technologie dans un an. C’est comme développer un logiciel pour une technologie qui n’existe pas! Faut être un peu visionnaire…
Un mot perso… Ce blogue ne se veut surtout pas une critique des soins prodigués à ma fille par le CHU Ste-Justine. Le personnel soignant s’y est avéré compétent, patient et doté d’une empathie hors du commun. Je tiens d’ailleurs à remercier les Docteures Marchand et Beaunoyer, pour leur passion et l’amour de leur métier. Elles ont su trouver les mots pour réconforter et rassurer ma fille dans des moments difficiles. Sans des gens dédiés comme eux, le CHU Ste-Justine ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Un fait demeure : peu importe la technologie, si avancée soit-elle, elle ne remplacera jamais ces gens si importants à nos vies.
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Très bon blogue! Et entièrement d’accord, Bravo!
Très intéressant comme point de vue. Il est de plus en plus évident que nos grands projets à l’intérieur de nos ministères importants (Santé Éducation par exemple) sont de plus en plus difficile à réaliser, trop d’intervenants, trop d’intermédiaires et très peu de gens imputables.
Parlez-en aux gens de terrain (milieu de la santé – pas les bureaucrates) et ces derniers sont irrités par tous ces projets qui n’aboutissent que très rarement dans les délais et qui requièrent énormément d’énergie sans compter la couche de bureaucratie.
Les deux mains sur le volant disaient-ils…
Effectivement, une fois entré et pris en charge par le réseau de la santé les humains qui font rouler ce réseau nous impressionnent, donnons leur accès dès maintenant a la technologie pour multiplier par 10 les capacités humaines des gens. Bravo Stéphane, excellent blogue.
Tout à fait d’accord avec tes commentaires, je sais que tu es très bien placé pour parler des développements informatiques. L’erreur majeur, selon moi, c’est d’avoir plusieurs fournisseurs pour le même logiciel avec des languages qui ne sont pas compatible. Si une seule demande de soumission avec un seul founisseur et un mandat clé en main avait été demandé au départ, cela ferait longtemps que le tout serait opérationnel. J’espère que ta fille s’en tire bien.
Très intéressant comme texte!
Travaillant moi-même à Sainte-Justine, nous rêvons souvent d’un environement de travail aussi technologique, mais malheureusement nous sommes souvent bloqué par les bugets!